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Yasmina Reza - Art ****

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Yasmina Reza, est, nous l'avons déjà dit, l'une des dignes héritières de l'esprit Ionescoïen -si je peux me permettre le néologisme-. Si elle a publié quelques récits et romans (dont nulle part et dans la luge de Schopenhauer, voir nos critiques), le plus gros de son oeuvre concerne le théâtre. Et "art" est l'une de ses pièces les plus magistrales.

L'histoire est simple. Trois personnes, amies. Un tableau d'art contemporain. Blanc. Cher. Serge, un médecin dermatologue, et Marc, ingénieur dans l'aéronautique s'opposent complètement sur le point de vue de l'acquisition d'une telle oeuvre (autrement appelée "la merde", par Marc). Et Yvan, le tiers, tente de réconcilier les deux protagonistes, dont la rupture s'annonce de plus en plus évidente. Tentative vaine. Le rapport humain se brise sur un fait inéluctable : les deux hommes s'enferment de plus en plus dans leurs convictions, rendant tout dialogue impossible. " tu es comme dans les sables mouvants plus tu cherches à t'extraire, plus tu t'enfonces".

C'est aussi une réflexion sur l'art, sur son utilité, sa finalité. "tu as dit modernissime, comme si moderne était le nec plus ultra du compliment. Comme si parlant d'une chose, on on ne pouvait dire plus haut, plus définitivement haut que moderne". Ressentir des sensations face à un tableau, est-ce le considérer comme artistique, ou est-ce une illusion naïve ? Yasmina Reza propose des pistes, en exposant les points de vue, sans prendre parti. En effet, Serge, attiré par le moderne, n'est pas exempt de critiques : lui aussi reste enfermé dans ses convictions, jusqu'au bout, jusqu'au dernier mensonge, où il laisse son ami gribouiller le tableau avec un feutre en sachant qu'il pourra rattraper l'erreur.

Si cette pièce s'inscrit dans la thématique absurde, elle en sort aisément, en restant balisée par les codes du théâtre. Le talent de Reza est d'allier au côté absurde de l'existence (une amitié qui dégénère à cause d'une différence de point de vue sur un tableau...) une réflexion humaniste. La collection de Magnard propose judicieusement un dossier sur le contexte littéraire et artistique, ainsi que des extraits de vaudevilles.


[références]
Yasmina Reza - Art Magnard, collection "classiques & contemporains" 82pages (+ dossier), 1994

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Gaston Tavel (dir.) - La musique russe : emporte-moi, Lissa Ivanovna **

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Toujours dans un souci de faire découvrir aux jeunes la lecture telle que l'on peut la proposer aujourd'hui, avec toute son interactivité, LirePlus vous invite à pénétrer dans l'univers de la musique russe, à travers un conte de Claude Helft, mis en musique par Bielka, chanteuse dans les cabarets et créatrice de spectacles pour enfants.

Une jolie histoire, donc, parfaitement illustrée, qui rend bien compte des traditions russes (les matriochkas, le samovar...). De courts intermèdes musicaux parcourent la narration, pour l'accompagner, parfois même la compléter, au son de la balalaïka, du gousli, de la guitare à sept cordes, ou encore de l'accordéon de Saratov, que l'on pourra identifier à la fin du texte grâce aux annexes sur les traditions musicales et les instruments typiques. Un livre documenté, pour "former le public de demain". Gallimard Jeunesse en fait son leitmotiv à travers la collection "mes premières découvertes de la musique".

[extrait]
Ah, le beau mariage que ce mariage du fils de l'Ours ! Le gel fait crisser les pas des invités et givre les vitres de l'isba. Le soleil allume les yeux des filles et des garçons et rend dorées les montagnes de crêpes qui sont prêtes à être mangées. C'est le moment : Lissa Invanovna va chanter et danser.

[références]
La musique russe. Emporte-moi, Lissa Ivanovna Hsitoire de Claude Helft, mise en musique par Bielka, et racontée par Nathalie Nerval avec un CD audio, durée 20mn. Gallimard jeunesse, "mes premières découvertes de la musique",No 248, catégorie 2.

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Jean Anouilh - Becket ou l’honneur de Dieu ***

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Scripto, la collection de Gallimard Jeunesse, réédite une des pièces de Jean Anouilh, connue surtout pour sa réactualisation d’"Antigone". Il s’agit là de « Becket ou l’honneur de Dieu ». La symbolique de toute l’histoire tient sur la couverture : une poignée de main fraternelle, amicale. Mais éphémère, portée par les circonstances. Anouilh nous transporte dans l’Histoire moderne de l’Angleterre, quelques temps après que les Normands, dont Guillaume le Conquérant, se soient appropriés les terres. Henri II se lie d’amitié pour Becket, un gentilhomme, un « Saxon » à son service. Mais l’affection ne peut s’entretenir lorsqu’elle est pervertie par l’orgueil et le pouvoir. « c’est une bête familière, vivante et tendre. Elle semble n’avoir que deux yeux toujours posés sur vous et qui vous réchauffent. On ne voit pas ses dents. Mais c’est une bête qui a une particularité curieuse, c’est quand elle est morte qu’elle mord ».

En effet, le roi d’Angleterre, après la mort du grand Archevêque, voit l’occasion rêvée de contrôler l’Eglise en confiant le poste à Becket. Celui-ci, contraint, accepte sa fonction. Mais bien vite, il est rattrapé par celle-ci, et découvre « l’honneur de Dieu », qui ne peut s’abaisser à la corruption.

Blessé dans son orgueil, Henri fera tout pour pourchasser son meilleur ennemi, oscillant entre amour et haine, faisant usage de toute l’hypocrisie dont il est capable.


Le dramaturge navigue dans le temps et l’espace, nous emmenant toujours où il veut, sur le trône du Roi, dans une cathédrale ou même dans une cabane perdue dans les bois. Il utilise également toutes les tonalités dont il dispose, conférant à la pièce une dimension tragi-comique. L’acte 2, où il dresse le portrait satirique des barons, « un baron qui se pose des questions est un baron malade » fait irrémédiablement penser à la peinture des courtisans que dresse La Bruyère dans Les Caractères. Autre temps, pas forcément autres mœurs !

Le thème des sentiments est abordé avec simplicité mais profondeur « –Pourquoi mets-tu des étiquettes sur tout, pour justifier tes sentiments ? – Parce que sans étiquettes, le monde n’aurait plus de forme, mon prince. » « tout s’oublie à vivre » « la sincérité est un calcul comme un autre ».

C’est aussi au conflit Eglise-Etat auquel Anouilh tend un miroir. Et le portrait qui se dresse alors n’est pas beau à voir «Dieu avec le roi ? ça n’arrive jamais. Une fois par siècle, au moment des croisades, quand toute la chrétienté crie : « Dieu le veut ! ». Les personnages ecclésiastiques de la pièce sont pour la plupart corrompus, et ne sont pas animés d’une foi inébranlable. Mais on ne peut pas faire l’éloge du peuple, qui lui-même se réfugie dans la fonction religieuse pour échapper à son statut de sujet.

Et puis, ce livre délivre aussi une leçon de vie, un espoir : celui du courage face à la force, celui de la volonté face à la résignation « c’est bon […] de se dire qu’on est un petit grain de sable, c’est tout, mais qu’à force de mettre des grains de sable dans la machine, un jour, elle grincera et elle s’arrêtera ».


Petit bémol cependant, la réédition étant dans une collection jeunesse, il manque un petit annexe de lexique, répertoriant les termes de religion ou d’époque qu’emploie Anouilh à de multiples reprises. Mais les jeunes s’en sortiront aisément armés d’un dictionnaire !

Il est des ouvrages, dans la littérature, qui méritent, même plusieurs décennies après leur publication, qu’on parle encore d’eux, même s’ils ne sont pas à proprement parler de grands chefs d’œuvres. Becket ou l’honneur de Dieu méritait bien d’être dépoussiéré, tant son caractère intemporel apparaît au fil des pages.

[les dernières pages] à ne pas lire si vous souhaitez lire l’ouvrage

Au comble de l’hypocrisie, alors qu’il en est l’investigateur, Henri II fait mine de ne pas savoir qui sont les assassins de Becket. La pièce s’achève ainsi, sur l’hypocrisie du Roi, perverti par le pouvoir ; et sur la mort de l’amitié, corrompue par l’ego, la vanité et le pouvoir.

[références]
Becket ou l’honneur de Dieu Jean Anouilh Scripto Gallimard Jeunesse 2006 août 2006 200pages, 9.50€

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Philip Roth - la bête qui meurt ****

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Je viens de terminer la lecture de La bête qui meurt, un roman de Philip Roth, qui a publié récemment le complot contre l’Amérique. Et j’avoue que cet ouvrage, je l’ai terminé en ayant un frisson.Tant de lucidité, de crudité, ne peuvent laisser indifférent

C’est un livre-confessions, celui d’un homme, David Kepesh, qui à l’aube de la mort, et de l’inévitable dégradation corporelle où elle mène, raconte sa passion pour une jeune femme, Consuela, de plusieurs décennies sa cadette. Une femme qu’il jalouse parce qu’il a peur de la voir partir. Et à son âge, il découvre ce qu’est la dépendance sexuelle. Même après leur rupture, il restera obsédé par ce corps voluptueux, parfait. Toutes les relations qu'il entretiendra avec les femmes, ne seront qu’un transfert, qu’une répétition déformée de ce qu’il a vécu avec cette femme, que jamais il n’oubliera. Ce professeur de lettres brillant devra faire face, bien des années plus tard, à une terrible nouvelle, révélation qui le liera une toute dernière fois à son passé, à Consuela.


Un roman sans tabous, où sont abordés avec talent les thèmes chers à l’auteur : le sexe, les relations familiales, l’Amérique des années 60, la relation à soi. Le talent de Philip Roth est d’associer brillamment la narration à une réflexion portant sur ses obsessions.


Philip Roth, la bête qui meurt, édition Folio, 2004, 215pages

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Muriel Bloch - le zébu né d'un oeuf de Paradis **

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Voici une nouvelle collection qui initie les plus jeunes lecteurs d'entre nous aux cultures du monde. Muriel Bloch narre l'histoire de Faravavy, jeune africaine, qui découvre un oeuf dans un nid d'un "oiseau de Paradis" qui deviendra zébu. Préservant son secret, elle élève l'animal à l'abri des regards, jusqu'à ce que sa famille décide de l'éloigner pour tuer tranquillement la bête et festoyer.

L'histoire est lue par l'auteur, accompagnée par une musique typique de Madagascar, nous dévoilant des instruments locaux, des voix entraînantes, nous plongeant au coeur de l'histoire. C'est un projet rudement bien mené que cette série "contes du bout du monde"... !


références
Le zébu né d'un oeuf d'oiseau de paradis.Auteur : Muriel Bloch
Illustrations : Zaü Gallimard - Contes du bout du monde Avril 2006 - 16€

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