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Anna Rozen Vieilles peaux *

             Anna Rozen, l'auteur de Plaisir d'offrir, joie de recevoir, ainsi que Méfie-toi des fruits livre ici un recueil de nouvelles au titre accrocheur : Vieilles peaux. On pense y trouver des scènes désopilantes, bourrées de cynisme sur les vieux ; il n'en n'est rien. Ces histoires sont au contraire pleines de compassion et de dignité.

            Dans « postérité », une écrivain qui n'est plus toute jeune s'entête à trouver un « exécuteur testamentaire » pour publier, à titre posthume, ses mémoires. Mais trop perfectionniste, égoïste et égocentrique, elle transforme l'expérience en un enfer quotidien...pour ses secrétaires ! Une belle occasion de réfléchir sur le rôle de ces fameuses « mémoires »... « Vous êtes horrifiée par l'idée de mourir [...] vous amassez, vous construisez une statue de vieilles peauxpapier [...] Vous n'aimez que vous, et encore, pas assez pour vous suffire de votre existence, il vous faut la postérité ». Paradoxalement, on s'attache à cette Cressida Bloom, dont l'amour-propre devient presque caricatural : ne préfère-t-elle pas conserver ses écrits plutôt que la vie d'un de ses secrétaires ? Au fil des pages, au gré des évènements, Cressida semble même triompher de la mort, la vieille peau faisant alors peau neuve.

            « Marthe et Ferdinand » est une nouvelle plus intimiste. On partage la vie de deux personnes âgées, en couple depuis quarante ans. On suit leurs travers, leurs habitudes : « quarante ans d'ail dans les carottes râpées, quarante ans de biscottes trempées dans du café au lait ». Tous deux vont au restaurant, une fois par an, le premier mai. Fernand joue aux boules, Marthe est obsédée par le ménage. Et puis, une brisure narrative, nette, qui tient en une proposition : « depuis que Marthe est morte ». S'en suit alors le récit accéléré des derniers mois de Fernand, puis nouvelle rupture : de nouveaux arrivants prennent la place des vieux dans la maison, mais conservent leurs habitudes : à se demander qui sont les vieilles peaux dans cette histoire...

            Dans un dernier récit, l'auteur s'essaye à un exercice de style. « Pas moi » est une visite guidée dans un musée de personnalités. L'auteur s'amuse à entrer dans une peau, puis tel un serpent, mue et en change. Elle prend la place d'un chat, d'Henry Miller, de la Bête (du conte La belle et la bête !), d'une vieille Américaine et même d'une chaussure ! Tout ça pour en arriver à la conclusion « je ne suis pas moi. Je suis tous les autres. Les autres sont moi. Donc il n'y a personne ». Si l'exercice de style est réussi, la lecture est plus laborieuse, car la narration est décousue, et au final reste une impression de longueur.

            Au final, retenons les deux premières nouvelles dont on garde un agréable souvenir, tant l'auteur parvient à manier le fond de la trame et l'art de la chute ! Dommage qu'il n'en soit pas de même pour « pas moi » !

[références]

  • - Anna Rozen vieilles peaux
  • - Editions le Dilettante, 2007
  • - 223 pages, 16€

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Anne Gutman & Georg Hallensleben Pénélope ***

penelopeNous savons tous que les enfants n'en font qu'à leur tête, et Pénélope montre trés bien l'exemple ! Elle ne cesse de vouloir faire des bétises comme dessiner sur les murs ...
Une sacrée petite chipie qui en fait voir à ses parents de toutes les couleurs ! Mais heureusement, ils arrivent toujours au bon moment pour couper court aux idées malicieuses de la petite pénélope !

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DOSSIER / Comprendre la démocratie

En cette période électorale, il est important de revenir aux sources, lorsque tel candidat se réclame du gaullisme, ou telle autre cite Mitterrand dans ses discours. Au-delà des références, des programmes en forme d'odes à la République, on peut s'interroger sur le sens du mot « démocratie ». Vit-on réellement dans ce type de régime ? A quoi sert le suffrage universel, est-il garant de la démocratie ?

Dans son ouvrage en quatre parties, Alain Touraine, sociologue de profession, nous présente les thèmes démocratiques. Il insiste en premier lieu sur des notions telles que les droits de l'homme, la citoyenneté, la représentativité, la limitation et séparation des pouvoirs ; avant de traiter plutôt légèrement de « l'histoire de l'esprit démocratique moderne » (réduite au conflit entre républicains et libéraux). La troisième partie de l'ouvrage est la plus intéressante, puisqu'elle nous parle de la « culture démocratique ». La politique du sujet entre alors au cœur du débat, et Touraine aborde la question de la société de masse sous un angle nouveau : obéir aux vœux de la majorité, est-ce être en démocratie ? Qu'en est-il alors des minorités ? La dernière partie du livre est une réflexion sur le développement, qui pose la problématique suivante : pour monter en puissance, un Etat est-il condamné à entrer dans l'ère démocratique ?

démocratieSi quelques points de l'ouvrage incitent à la réflexion personnelle (différenciation Etat-hommes d'Etat, séparation exécutif-législatif, poids du sujet...), Alain Touraine a tendance à répéter, au fil de son développement, les notions déjà évoquées, les concepts déjà expliqués, donnant l'impression que deux pages explicatives auraient suffi à exposer sa théorie.

Luciano Canfora a quant à lui une approche différente dans La démocratie, histoire d'une idéologie. Il entre dans une perspective plus historico-philosophique de la notion, et nous emmène dans la Grèce Antique, dans les combats pour le suffrage universel, pour les libertés individuelles. Le document est comme un musée, et on se soumet volontiers à une visite guidée à travers les régimes totalitaires jusqu'à l'avènement des régimes libéraux. Nourri d'innombrables références, l'historien analyse même la constitution européenne de 2005. Un pari réussi, celui de nous retracer l'histoire de la démocratie, sans nous ennuyer !

Et enfin, pour les plus récalcitrants, ou les plus jeunes, il reste le petit ouvrage Elections et démocratie d'Elisabeth Combres et Florence Thinard, qui synthétise le vocabulaire de la démocratie, explique quatre faits d'actualité en rapport, et nous initie aux textes officiels.

[références]

* Alain Touraine Qu'est-ce que la démocratie ? Fayard

* Luciano Canfora  La démocratie, histoire d'une idéologie, Le Seuil, collection « faire l'Europe »

* Elisabeth Combres et Florence Thinard Elections et démocratie, Gallimard Jeunesse, collection « les clés de l'info »

 

 

 

 

 

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Elisabeth Combres et Florence Thinard - Collection les clés de l'info ***

La nouvelle collection jeunesse proposée par Gallimard est une merveille pour l'apprenti génie qui sommeille en chaque enfant. « Les clés de l'info » est une série de petits livres qui décryptent, simplement, sans chichis, des thèmes d'actualité. A l'heure où l'image fait parti intégrante de nos vies, à l'heure aussi où la génération post- 11 Septembre commence à grandir, il était judicieux de proposer aux jeunes lecteurs des encyclopédies miniatures, comme autant de points de repère pour eux.

Chaque ouvrage ne prétend pas tout dire, il s'ancre dans l'instant présent, celui de sa parution. Par exemple, dans le réchauffement climatique quatre faits sont traités : le débat sur le réchauffement, le protocole de Kyoto, les menaces sur l'ours polaire, et les inondations. Autant d'initiations qui permettent à l'enfant de développer sa curiosité, sa soif de connaissances ou tout simplement qui l'aide à comprendre ce qui l'entoure.

clés de l'infoChaque petite encyclopédie est organisée de manière rigoureuse : une présentation du thème, avec chiffres à l'appui, une rubrique « décrypter les faits d'actualité » avec quatre informations récentes analysées, une section « comprendre les mots de l'info » permettant de saisir le sens du lexique utilisé par les journalistes, et enfin une dernière partie consacrée aux textes et documents officiels se rapportant au sujet abordé, qui peut permettre par ailleurs de compléter l'enseignement de l'éducation civique, très aléatoire au collège.

Colorées, modernes, interactives, (bibliographie de sites internet), ces ouvrages peuvent servir de support à un exposé, ou être la base d'une découverte personnelle d'un thème. De très bon marché, elles sauront combler l'enfant curieux. Les auteurs sont très informées, et leurs écrits peuvent même plaire aux grandes personnes que nous sommes !

MISE A JOUR : deux nouveaux titres pour février 2008

chineislamA l'heure où Pékin prépare les JO et est accusé de ne pas respecter les droits de l'homme, où la Chine a des taux de croissance démesurés chaque année,

à l'heure où la laïcité est remise en cause et fait l'objet de débats, où la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat est malmenée, où des mosquées sont construites en France,

plein feux sur une actualité brûlante avec deux livres essentiels !

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Yasmina Reza ? Le dieu du carnage ****

Yasmina Reza fait des prolongations. Après Dans la luge d'Arthur Schopenhauer, et Nulle part l'année dernière, elle revient cette année avec une nouvelle pièce dans la même veine que les précédentes, le dieu du carnage.

L'histoire est toujours celle de nos quartiers, de nos villes, de nos vies, que l'auteur décortique, comme une sociologue, pour en tirer la sève. Et la sève ne ment pas. Le dieu du carnage met en scène quatre personnages, deux couples, la quarantaine bien sonnée, parents, dont les enfants se sont bagarrés. Puisqu'« il existe encore un art de vivre ensemble », les Houllié et les Reille vont tenter de trouver une conciliation pour faire de cet incident mineur le prétexte à un discours moralisateur.

Mais bien vite, la politesse qui a prévalu jusqu'alors, dépassée par une honnêteté accusatrice, fait déraper la situation. Alain ne semble pas du tout intéressé par la rencontre et passe son temps au téléphone, Véronique cache son profond mépris à travers son Q.I. qui la rend arrogante, malgré ses airs apaisants : « nous avons la faiblesse de croire aux pouvoirs purificateurs de la culture ».

Et puis finalement, les enfants sont oubliés, ou plutôt ils sont le support d'une polémique, comme si leurs comportements déterminaient la façon de vivre de leurs parents. Bien vite, la discussion dévie cers l'utilité ou non de la morale, de la civilité « Est-ce qu'on s'intéresse à autre chose qu'à soi-même ? ». Alain déconcerte Véronique par ses théories contraires à son art de vivre : « je crois au dieu du carnage. C'est le seul qui gouverne, sans partage, depuis la nuit des temps ». C'est un combat à armes blanches qui s'impose, une bataille d'idées, de conceptions antagonistes jetées à la figure de l'Autre. Il n'y a plus de gêne, plus d'honnêteté ni de politesse. Seulement l'individu réduit à lui-même qui croit qu'il peut sauver ses idéaux, voire les imposer aux autres.

Les parents, qui ont voulu moraliser une bagarre physique, se jettent à cœur joie dans un big bang intellectuel qui fait exploser les ego.

Yasmina Reza n'a pas fini de jouer sur les rapports humains. Donnez lui une situation anodine, elle vous la servira sur un plateau sous forme de réflexion philosophique profonde. A travers la frivolité perce un désenchantement né de l'observation des individus. Si c'est le prix à payer pour que « la philosophie redevienne ce qu'elle a toujours été : un art de vivre * », il faut tout de même tenter, et Mme Reza s'y essaye avec brio.

 

* dans une interview du magazine littéraire LIRE

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