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Interview de Tatiana de Rosnay

     Tatiana de Rosnay publie cette année un livre réussi sur la rafle du Vel d'Hiv, en juillet 1942. Son roman historique met en lumière le destin de Sarah, une jeune fille à la recherche de son frère, qu'elle a laissé derrière elle pour le protéger de la barbarie. Rencontre avec l'auteur.

01 // comment avez-vous eu l'idée d'un tel roman historique sur cette période sombre de l'histoire française ?

Je me suis toujours intéressée à la mémoire des lieux. Je reste persuadée que les murs gardent en eux la trace et l'esprit de ce qu'ils ont pu abriter en événements douloureux. C'était le thème d'un de mes romans « La mémoire des murs » (Plon). À l'occasion de ce livre, je suis tombée sur la rue Nélaton dans le XVe arrondissement. En toute franchise, je ne connaissais pas ce lieu. Née au début des années 60, je n'ai pas appris la rafle du Vel d'Hiv  au collège. J'ai commencé à me documenter. Au fur et à mesure de mes recherches sur cette rafle, j'ai été tour à tour effondrée, bouleversée, choquée, blessée. C'est pour tenter de réparer cette blessure que j'ai écrit ce livre.

02 // romancer, n'est-ce pas dénaturer les événements ?

Je ne crois pas. Je n'ai pris aucune liberté avec tout ce qui se déroule en 1942 en particulier le Vélodrome, Beaune la Rolande et Drancy. Chaque détail est véridique. ChaqueTatiana de Rosnay détail a été recherché et documenté.  Je pense que le roman est une autre façon de faire connaître un pan méconnu de l'histoire.

03 // selon vous, pourquoi le livre a-t-il été refusé par tant d'éditeurs ?

Je pense que c'est un sujet sensible et tabou qui a peut être fait peur à certains d'entre eux.

04 // Pourquoi avoir écrit ce roman en anglais ?

Ce n'est qu'en faisant lire les premières pages à mon mari que je me suis rendue compte que j'avais débuté ce roman en anglais. Aujourd'hui, avec le recul, je comprends mieux cette démarche. L'anglais est ma langue maternelle, ma langue viscérale, celle qui sort des tripes. Je savais que j'allais devoir entrer dans des descriptions difficiles. Inconsciemment, l'anglais me donnait la distance nécessaire avec mon coté « français »  pour aller au bout.

05 // Julia Jarmond vous ressemble étrangement. Est-ce votre double ?

Ah bon ? Vous trouvez qu'elle me ressemble ? Mais vous ne m'avez jamais rencontrée ! Elle est blonde, grande, yeux bleus, très américaine, je suis de taille moyenne, poivre et sel, yeux verts et Franglaise. Et, Dieu merci, Bertrand Tézac n'est pas mon mari, comme je n'ai pas vécu la crise de couple que je leur inflige. Laissez aux romanciers le privilège d'avoir de l'imagination, je vous en prie !

06 // Comment avez-vous créé le personnage de Sarah ? Avez-vous pris appui sur des témoignages, des personnes ayant réellement existé ?

D'abord, j'avais sous les yeux en permanence en écrivant ce livre, ma fille Charlotte, qui avait 10 ans en 2002, lorsque j'ai commencé l'écriture de ce roman. Elle a été mon modèle pour Sarah. Ensuite, j'ai lu tous les témoignages possibles sur la rafle et j'ai rencontré des rescapés du 16 juillet 1942, des moments intenses et bouleversants.

07 // Si un policier français ayant participé au rafle se tenait devant vous, qu'auriez-vous envie de lui dire ?

Je lui dirais « Comment ? Pourquoi ? »

08 // Pensez-vous qu'en juillet 1942, la civilisation se soit perdue ?

Il y a hélas tant d'autres monstrueux épisodes de barbarie et d'horreur dans notre monde moderne et dans celui de notre passé. 

09 // La reconstruction psychologique après de telles épreuves est-elle tout simplement irréalisable ?

Je n'ai pas vécu cette horreur donc ne puis vous répondre. J'ai écrit ce livre en hommage aux 4000 enfants du Vel d'Hiv et à leurs familles. Pour qu'on n'oublie jamais leur calvaire.

10 // votre prochain roman sera aussi écrit en anglais. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Cela se passe en partie à  Noirmoutier et je suis dans la peau d'un homme d'une quarantaine d'années. Il y est aussi question d'un secret de famille.

 


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Bernadette Costa-Prades, les garçons (un peu) expliqués aux filles/Les filles (un peu) expliquées aux garçons ***

         L'adolescence n'est pas un passage facile. Peut-être la passade vers l'âge adulte est-elle même l'un des moments les plus difficiles de la vie, où tout se remet en cause, ou tout est prétexte à questionner, à interroger. Un livre sur ce sujet, publié chez Albin Michel, est peut-être l'occasion de mettre fin à tous les tabous d'une façon ludique.

         Bernadette Costa-Prades réussit à résoudre, à travers son nouvel essai, les grandes questions qu'un jeune peut se poser durant cette période.

         On peut ainsi découvrir les réponses rationnelles aux questions telles que « pourquoi les filles parlent-elles toujours de régime ? », « Pourquoi les garçons préfèrent (souvent) les blondes ? » , ou encore « « Pourquoi les garçons disent qu'ils s'en fichent du physique alors qu'ils ne craquent que pour les canons ? ». Un concept très intéressant car, en tant que parents, nous ne savons pas toujours quoi répondre et ce livre est une bonne façon pour démarrer et comprendre les relations garçons-filles. Et en tant que simple lecteur, on peut réellement s'amuser à la lecture de ce livre. En effet, même avec le recul de l'âge adulte, on se surprend à lire quelques pages, toujours pleines d'humour, par simple curiosité : on a à faire à des questions que l'on s'est tous et toutes posées. Seulement cette fois-ci, nous en avons les réponses que nous n'avons jamais vraiment eues. Par exemple à la question : « Pourquoi les garçons  répondent sans arrêts, même quand ils ne connaissent pas la réponse ? », nous apprenons un livre pour les adoscette règle des 2/3 qui explique que les enseignants consacrent 2/3 de leur temps aux garçons et que les garçons émettent les 2/3 des propos tenus dans la classe. Ils répondent plus souvent car ils sont plus sollicités.

         A posséder absolument si un ado habite sous votre toit ! Un livre qui peut aider les plus jeunes à obtenir des réponses aux questions qu'ils se posent (parfois gênantes), sans forcément se confier à leurs parents.  A noter : ce livre peut aider à rompre la glace entre les parents et ados, car nous savons tous que cette période est difficile. C'est donc un livre à lire ensemble pour le plaisir mais aussi à emporter chez des copines ou encore à l'école.

   C'est le livre coup de cœur de la rubrique jeunesse pour sa simplicité et son efficacité.

[références]

  • - Bernadette Costa-Prades, les garçons (un peu) expliqués aux filles/Les filles (un peu) expliquées au garçons
  • - Éditions Albin Michel, 2007
  • - 223 pages, 12,90€

le mot du rédacteur en chef :

la rédaction tient à informer nos chers lecteurs que l'auteur de cette chronique est de sexe féminin...ce qui explique pleinement son attention toute particulière (et sa vaine tentative) à expliquer négativement la prédominance du sexe masculin dans nos sociétés... Ceci pour rassurer les garçons... bien à vous et avec grande ironie,

Sébastien L.


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Mary Higgins Clark - cette chanson que je n'oublierai jamais ***

 « mort et menace planent sur le nouveau suspense d'une Mary Higgins Clark à son sommet » : le lecteur est averti, mais plus surpris par les phrases concises qui présentent, chaque année, avec des mots différents, mais toujours dans la même veine, le nouvel opus de l'auteur de la nuit du renard, grand prix de littérature policière en 1980.

Le problème, c'est qu'à force de dire que MHC est à son sommet, on pourrait croire que tous ses livres sont des chefs d'œuvre ! Or, il faut rester lucide, certains sont moins bons que d'autres. Il y avait de quoi partir refroidi après rien ne vaut la douceur du foyer [voir notre critique] , une de ses histoires dont on se serait finalement bien passé ! Alors, il est vrai, on partait d'avance avec une mauvaise opinion : ce serait la même structure, des personnages toujours construits sur le même plan, la même trame...

Mais  cette chanson que je n'oublierai jamais a de quoi surprendre. Il traite notamment du somnambulisme et des actes qu'il entraîne. Quelqu'un qui tue dans son sommeil peut-il être considéré comme un meurtrier ? A partir de cette problématique, MHC tisse une histoire à faire pâlir tous les écrivains de roman à suspens. Beaucoup de personnages, trois meurtres, un déguisé en suicide, des mobiles différents... La résidence Carrington est plongée dans un cauchemar long de deux décennies à la suite du rebondissement de la procédure entamée après la disparition de Susan Althorp, quelques années auparavant : son corps vient d'être retrouvé, enterré près d'une conduite de gaz. Peter, fils de l'illustre Carrington est vite accusé d'y être pour quelque chose. N'est-il pas le dernier à l'avoir vu ? Et l'un entraînant l'autre, on relance aussi le procès sur la mort de son ex-femme, retrouvée noyée dans la piscine plusieurs années avant. Enceinte, elle était alcoolique. Aurait-il risqué, avec sa réputation, d'avoir un enfant handicapé ? Peter a toujours été considéré comme un personnage clé dans ces disparitions, mais le procureur n'a jamais réussi à prouver sa culpabilité. L'intervention d'un détective privé, M.Greco, va changer la donne...et les suspects !

le nouveau mary higgins clarkEn effet, Peter aurait-il été le seul bénéficiaire des deux décès ? Qui aurait eu aussi intérêt à les faire disparaître ? Son frère par alliance, Richard Walker, n'est-il pas couvert de dettes ? Sa belle-mère, Elaine, ne court-elle pas après la fortune ? Et les Barr, le couple qui s'occupe de la résidence, sont-ils d'une façon ou d'une autre mêlés à une sombre histoire ? Il y a aussi Vincent Slater, le bras droit de Peter. Ne cache-t-il pas son jeu ?

Mary Higgins Clark est encore incontestablement la reine du suspens. Kay, son héroïne, va tout faire pour prouver l'innocence de son mari. Le dénouement n'intervient que dans les dernières pages, le roman se lit d'une traite, comme dans les premiers Higgins Clark, qu'on commençait à regretter ! Et finalement, l'auteur nous entraîne là où elle veut, et c'est avec surprise qu'on découvre, en même temps que l'héroïne, la vérité : sur fond de corruption, une grosse arnaque s'est transformée en assassinats.

L'auteur s'attarde sur de simples détails : une page de magazine, un sac. Elle distille les éléments de réponse au fur et à mesure. Il y a de quoi la détester : avec elle, pour sur, on manquerait un rendez-vous pour finir ce satané roman ! C'est rudement bien mené, jubilatoire. On avait presque oublié qu'un Mary Higgins Clark pouvait être si bon !

 

[références]

-          Mary Higgins Clark cette chanson que je n'oublierai jamais

-          Albin michel, mai 2007

22.50€, env. 420pages

 

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Tatiana de Rosnay - Elle s'appelait Sarah [coup de coeur]

            En 1995, Jacques Chirac est le premier président de la république à reconnaître le rôle de l'Etat français dans la déportation de milliers de juifs vers les « camps de la mort » pendant la deuxième guerre mondiale.

            Dix ans plus tard, on commémore leur libération, avec une cérémonie sobre et émouvante : six décennies après, on se souvient de l'horreur, de la monstruosité d'une solution finale visant à exterminer un peuple au nom d'une idéologie.

            En 2002, Tatiana de Rosnay commence l'écriture de son roman Elle s'appelait Sarah, dans sa langue maternelle, l'anglais. Les droits de cet ouvrage sont alors vendus dans 18 pays différents, de l'Allemagne aux Etats-Unis. Et pourtant, rien ne le destinait au succès fulgurant qu'il connaît actuellement.

            L'auteur a en effet eu beaucoup de mal à trouver preneur. Est-ce parce que Elle s'appelait Sarah s'attaque à une période sensible de l'histoire française ? Est-ce parce qu'on s'attendait à un rejet de la part du public, qui eût préféré ne rien savoir ? C'est à la maison d'édition Héloïse d'Ormesson que revient le mérite de publier l'ouvrage.

            Tatiana de Rosnay écrit en effet un livre bouleversant « qui participe du devoir de mémoire ». Deux voix se croisent dans la narration : celle de Julia Jarmond, journaliste américaine, chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv pour un magazine destiné aux expatriés, et celle, en décalage, de Sarah, je

une enfant juive, qui n'avait rien demandé à personne et qui se retrouve brutalement plongée en ce sombre mois de juillet 1942. Le 16, l'Etat français réalise l'impensable en appliquant la décision de déporter plus de 13.000 juifs (dont 4.000 enfants !) vers les camps de la mort. Sarah et sa famille en font parti.

            L'œuvre a la force d'un témoignage et la portée émotive d'une fiction. Si nous sommes en droit de nous poser la question « Tatiana de Rosnay avait-elle le droit de romancer de tels événements ? », nous répondrons unanimement oui. Le récit est richement documenté, rempli de références historiques qui s'imbriquent dans une trame narrative contemporaine. 

            Tout au long des pages, on évolue avec Sarah, on partage son espoir, qu'on sait vain, et son désarroi.

« Tout cela finirait vite. C'était la police française, pas les Allemands. Personne ne leur ferait de mal. [Et] tout serait comme avant ».

elle s'appelait sarah            On ne reste pas indemne, inerte, à la lecture. L'émotion nous submerge, on lit avec une boule dans la gorge, on frissonne face à la brutalité de certaines phrases, tellement vraies. En arrivant au camp, Sarah découvre par exemple que « sa mère était comme déjà morte ». On assiste en témoin aux dénonciations, à la violence, à la déshumanisation : « la fillette avait l'impression d'être devenue quelqu'un d'autre. Une personne dure, grossière, sauvage ».

            Parallèlement, on entre dans la vie de Julia, américaine qui ne sait pas vraiment grand chose des rafles de 1942, et qui pourtant doit enquêter pour son magazine dans la perspective des commémorations de 2002. Elle découvre alors les événements, qui interfèrent aussitôt dans sa vie privée même : en poussant plus loin son investigation, un élément troublant la déstabilise : l'appartement qu'elle s'apprêtait à habiter, n'appartenait-il pas à une famille juive déportée pendant la guerre ? N'est-il pourtant pas la propriété de la famille de son mari ? Quels lourds secrets lui cache-t-on ?

            Tatiana de Rosnay prend appui sur une terrible réalité : l'appropriation par des ménages français des habitations juives, laissées vacantes après la rafle.

            L'histoire d'une enquête, donc, mais aussi d'une quête, celle de Sarah. L'héroïne cache en effet, au fond de sa poche, une clé. Clé qui ouvre un placard. Placard où se trouve enfermé son frère, âgé de quatre ans, qu'elle a tenté de protéger pendant la rafle. Bien à l'abri, il ne risque rien. Elle était alors optimiste, pensait qu'elle rentrerait chez elle -après tout, ce n'était que des policiers français qui étaient venus la chercher !-. Mais le temps passe, la vérité s'impose : elle ne reviendrait pas le délivrer. Cette question que se pose Sarah, comme une obsession, est celle aussi de tous les lecteurs : qu'advient-il alors de son frère ?

            Un roman qui pose plusieurs problématiques : comme nous l'avons déjà dit, il met en lumière la responsabilité française dans la déportation des juifs. Il retranscrit aussi la vision enfantine des évènements. Comment une fillette d'à peine onze ans perçoit-elle les choses ? Comment une naïveté si fraîche, propre à l'enfance, se transforme-t-elle en désespoir destructeur ?

Rappelons que plus de quatre mille jeunes ont été enlevé à la nation française en juillet 1942. 4000 destins détournés, 4000 voix éteintes, 4000 cœurs désintégrés. Elle s'appelait Sarah permet également de saisir les difficultés de la reconstruction psychologique : survit-on vraiment à la folie meurtrière, à l'horreur outrancière ? N'est-on pas condamné à vivre de ses souvenirs, à rester l'animal aphone que les camps de concentration ont façonné ?

Enfin, le roman participe effectivement du devoir de mémoire. Derrière la fiction, Tatiana de Rosnay livre un hommage poignant à ces enfants du Vel d'Hiv qui ne reviendront pas des camps. Et ceux qui survivent alors, comme la fictive Sarah, sont marqués d'une trace indélébile.

A la fin du livre, on a presque honte de ce qu'on apprend. Une invitation à en savoir plus sur cette période sombre, à travers une petite bibliographie, est le dernier clin d'œil de l'auteur.

Elle s'appelait Sarah aide à prendre conscience de notre histoire -personnelle, et collective, torturée par les totalitarismes du Xxè siècle. Paradoxalement, c'est aussi une ode à l'humanité, à travers Julia : l'homme est capable de tirer des leçons du passé, et de se racheter. Julia, c'est un peu chacun d'entre nous. Elle essaye de sauver sa conscience, tente de comprendre, de remettre en cause ce qui semble établi, figé. Et faire preuve de recul, revenir sur le passé est un devoir pour nous, qui n'avons pas connu la guerre. C'est un devoir d'Homme.

Une page de l'Histoire est tournée. Nous allons devoir apprendre à vivre sans les témoignages directs des survivants de la Shoah. Elle s'appelait Sarah inaugure une nouvelle ère, celle du souvenir fictif, de la tentative de compréhension pour la génération qui suit - et que nous incarnons tous. L'émotion est la matière à travailler pour témoigner nouvellement.

Au nom de l'Homme, je dirai même de l'Histoire, Merci Tatiana.

[références]

  • Tatiana de Rosnay Elle s'appelait Sarah
  • Editions Héloïse d'Ormesson, mars 2007
  • 368pages 22€

 

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Marc Vilrouge Le livre impossible ****

 Le nouveau roman de Marc Vilrouge est une bombe, sur le point d'exploser. En deux actes, comme une pièce de théâtre, il en reprend le thème principal : l'illusion d'être soi. Le personnage principal, Flavien, ancien conseiller technique au chômage, auteur, à ses heures perdues, vit dans l'attente. Il mûrit son projet de « livre impossible », celui qui déchirerait à jamais ses rancœurs d'enfant, et briserait alors le monde dans lequel il tente d'être lui, étouffé par le destin que ses parents lui ont tracé.

Mais ce roman ne vient pas, coupé qu'il est des autres, angoissé par nature : « il a beau savoir qu'un écrivain est fatalement voué à l'errance, et son œuvre à un inachèvement sans fond, cela ne le réconforte guère pour l'heure. Perdu entre l'alpha du mot et l'oméga du silence, il n'est plus rien ».

Alors, à chaque nouvelle œuvre, Flavien se noie encore plus dans le tourment, parce qu'il n'a pas su écrire ce « livre impossible ». « publier un roman, c'est une petite mort. Les livres de Flavien ont la fragilité des éphémères ».

Pour fuir, pour se fuir, l'auteur en germe de l'Oeuvre se réfugie dans le sexe et la drogue, mais finit par rendre visite le livre impossibleà ses parents, comme un retour à la case départ. Les blessures infligées à l'âme ne guérissent jamais et ressurgissent un jour, en éclatant, sous le joug de l'émotion. Flavien en fait la triste expérience en sombrant peu à peu dans la folie.

Il est comme ce kamikaze, qui bien plus que son être, souhaite désagréger le monde tel qu'il le vit. Et c'est une série d'explosions discontinues plus qu'un feu d'artifice qui surgit alors et met en lumière l'Errance : celle de l'être prisonnier de lui-même et torpillé par le mal de vivre.

Marc Vilrouge semble avoir réussi là où son personnage a échoué : il a écrit son « livre impossible ». L'écriture est écorchée, déstructurée. L'auteur effleure l'être et en tire toute la sève, jusqu'à la douleur. Ce n'est pas joli à lire et pourtant tellement vrai...On touche à l'essence.

« Fini l'oubli de soi. De nouveau les pensées, l'individualité, ce putain d'ego et cette solitude qui le ramenaient à sa condition, la condition humaine ».

[références]

  • - Marc Vilrouge le livre impossible
  • - Editions le Dilettante, 2006
  • - 93pages, 12€

 

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