Mercredi 27 Fevrier 2008
Stéphanie Hochet - je ne connais pas ma force **
Cependant, Karl ne se contente pas d'imaginer, mais passe réellement à l'action pour faire de son monde rêvé une réalité. Il commence à tourner autour de François, un autre malade fragile, qui tombe vite sous sa coupe. « je le fis mien. Il ne s'agissait pas d'amour physique mais d'une annexion beaucoup plus grave. Je pris possession de son âme [...] » Car l'objectif de Karl n'est pas de se faire des amis, mais de placer les faibles sous son autorité. C'est ensuite au tour d'Alberto, mais Karl voit en lui plus un allié qu'un faible, et ensemble, ils forgent des plans d'organisations secrètes étrangement ressemblantes aux jeunesses hitlériennes « mort aux faibles ! ». Karl propose alors de passer à l'action et d'éliminer les plus fragiles, les inutiles...dans la chambre 22 par exemple, une personne âgée semble être sous assistance respiratoire...Et si on le débranchait ?
Karl aurait fait une bonne recrue pour les groupuscules néonazis, mais le hic, c'est qu'il puise de la force de cette idéologie, force qui lui permet de guérir. Fasciné de tout temps par la guerre de 14-18, il en ressent la violence pour pousser son corps dans ses derniers retranchements, et survivre. « ce n'était pas à la chance que je devais la vie. C'était à ma démarche personnelle, à mon désir inconscient de guérir le mal par le mal ».
Heureusement, Karl déchante vite avec cette idéologie : visiblement, mêmes les pires SS s'attachent à leur vie plutôt qu'à l'idéologie sacrée, et cela dénature le sens même de son combat. Lui avait fait de son corps et de son esprit la substance même de l'idéologie « dès lors, je devins le Führer de mon corps ». Cette idéologie ne survivra pas à sa maladie, ils succomberont ensemble : « je vivais un moment de grande légèreté : la libération de soi par soi ».
On s'attendrait à une écriture écorchée pour exprimer la voie d'un malade. Il n'en n'est rien. C'est ce qui déstabilise, et rend le récit presque malsain, en tous cas, obscur. Stéphanie Hochet arrive à rester indifférente à son personnage, lui laisse sa liberté et exprime avec brio le malaise adolescent, couplé à une terrible maladie.
Un roman court, concis sur un thème difficile. Une réussite.
Références
STEPHANIE HOCHET - je ne connais pas ma force
Editions Fayard, septembre 2007 134pages, 13€
Par Sébastien L., Mercredi 27 Fevrier 2008 à 16:09 GMT+2 dans romans
Le huis clos le plus infernal, le plus terrible jamais inventé. 400pages de suspense insoutenable, à essayer de comprendre qui prend le pied sur qui, qui a le pouvoir sur l'autre. Car Paul a bien de l'influence sur l'infirmière folle : il vit encore car il écrit ce livre qu'elle attend, et elle vit également pour ça. C'est Misery qui les maintient en vie tous les deux. Mais pour combien de temps ?
Juliette Nouel-Rénier, retrace, dans une mise en page soignée, accompagnée de dessins humoristiques et de petits encarts détaillant des légendes, des expériences intéressantes, l'épopée de la connaissance scientifique en matière de fécondation. Du débat stérile entre Hippocrate (l'homme et la femme ont le même rôle à jouer dans la conception d'un enfant) et Aristote (infériorité de la femme, qui est un homme imparfait) qui a animé des siècles et des siècles, comment nos ancêtres ont-ils fait pour comprendre ? comment, milieu XVIIè, peut-on en venir à concevoir une théorie des œufs, qui assimilait les femmes... à des poules ? Comment Van Leeuwenhoek découvre-t-il les spermatozoïdes et pourquoi en a-t-il honte ? Quel rapport entre la science et des crapauds en caleçon ? (non, nous ne rêvons pas...)
les noms, on se retrouve étouffé par toutes ces étagères bondées, ces livres sitôt rangés, sitôt oubliés...Que faire ? Prendre le premier livre de poche qui nous tombe dans les mains et fuir ?
Mais qu'y a-t-il de commun entre eux ? Pour la plupart dans la force de l'âge, ils ont accumulé les déceptions, les frustrations, les désillusions. Mais ils gardent au fond d'eux leurs fantasmes, forgés par le temps, à travers le filtre du désir et de l'envie. C'est au moment du passage à l'acte que l'auteur saisit les pensées, les réflexions de ses personnages. Elle nous invite à nous questionner sur nos propres transgressions de la vie amoureuse, sur les sacrifices à faire pour combler réellement, dans toute son envergure, notre désir. En ce domaine, peut-on appliquer une morale ou faut-il laisser agir notre vil instinct animal ?





