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>>> Spécial Frédéric Beigbeder

Qui est Frédéric Beigbeder ? Un mondain écervelé ? Un critique littéraire déjanté ? Un original du PAF ? Ou se pourrait-il, simplement, qu'il soit un écrivain ambitieux ? LirePlus a lu quatre de ses œuvres essentielles, et vous livre son verdict.


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l'amour dure trois ans est un roman réussi. F.B. écrit comme Amélie Nothomb, le style en plus. L'autobiographie est plaisante et bien ficelée. Ode à l'amour, mais pas au mariage " on se marie pour énerver ses amis ou faire plaisir à ses parents ", Beigbeder expose sa thèse du sentiment amoureux : la première année de la relation, c'est le grand amour, la deuxième, c'est de la tendresse, et la troisième, ce sont les préparatifs au divorce : " le divorce est un dépucelage mental ". Nous voici donc avertis, surtout que l'incipit est loin du non-dit : " l'amour est un combat perdu d'avance ". L'auteur ne se prive pas non plus pour égratigner le milieu mondain (auquel il appartient toutefois !) : les apparences, les propos futiles…Par contre, rien de bien original dans l'intrigue : on quitte une femme, pour en retrouver une autre, séduite au prix de son amour-propre. Tout est dans le style, si particulier à Beigbeder : des maximes à méditer, des bons jeux de mots, et une tendance scientifique à prouver ses idées par des statistiques !


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Dans Nouvelles sous ecstasy, on ne sait si F.B a vraiment testé la drogue pour écrire ces récits brefs, mais en tous cas, ses personnages ont tous quelque chose à se reprocher ! Qu'ils essaient pour la première fois ou qu'ils y soient accrocs, les nouvelles nous narrent leurs péripéties, très axées sur les questions existentielles et le sexe, thèmes majeurs du livre. Mention spéciale à Extasy à Go-go et la première nouvelle d' " easy reading " dont vous vous souviendrez sûrement juste pour la chute !


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Troisième test 99 francs : l'histoire d'un publicitaire, Octave, qui entré dans le système capitaliste, veut tout changer…en rêve. Grosse déception à la lecture de l'œuvre. LE style de "l'amour dure trois ans est ici fissuré, l'intrigue est vide, on s'ennuie parfois, la critique ressemble à un mélange de déjà-vu…bref, dans la même veine, autant consacrer quinze minutes à regarder de la pub à la télé ! Mais quelques idées néanmoins auraient pu être creusées : le fait d'intégrer des coupure publicitaires au sein du livre est plutôt amusant, et la description du milieu de la communication est bien réussie.


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Et enfin pour terminer, le roman polémique ! Windows on the world . A-t-on le droit d'écrire sur tout ? Peut-on raconter l'Horreur ? L'auteur cite à bon escient Tom Wolfe : " je pense qu'un romancier qui n'écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l'époque où nous vivons ". F.B raconte, du mieux qu'il peut, perché au 56ème étage de la tour Montparnasse, les dernières minutes des victimes de l'attentat du 11 Septembre sur le World Trade Center, entrecoupé de ses réflexions personnelles. Le héros est un père de famille, qui venait au restaurant "Windows on the world" par hasard...et le destin l'y aura conduit avec ses deux fils. C'est son sort qui est étalé devant nos yeux, on passe ainsi du rire aux larmes, de l'indifférence, à l'espoir puis à la profonde nostalgie. C'est toute la diversité des sentiments humains, là devant nous, comme une ultime absurdité, celle de nos vies face à des événements qui nous dépassent. Alors, oui, il faut s'accrocher à la lecture de ce roman, parce qu'il faut être insensible pour ne rien ressentir. F.B. précise "le seul moyen de savoir ce qui s'est passé [...], c'est de l'inventer". En effet. Avec tout le génie que cela implique.


VERDICT Une oeuvre hétéroclite, dont les sujets se renouvellent (point positif !). Seulement, le style plonge parfois dans la facilité, mais l'amour dure trois ans et Windows on the world , qu'il fallait oser écrire, en valent la peine !
références
l'amour dure trois ans ,folio 3518, 194pages
 Nouvelles sous ecstasy, folio 3401, 102pages
 99 francs  folio 4062 300pages
 Windows on the world  folio 4131,368pages
Nouveau ! Coffret des 4 titres disponible !

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Anna Gavalda je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part **

« D'une voix aussi douce et familière qu'un bon édredon de plume, Anna Gavalda nous enveloppe dans ses récits d'aventures très quotidiennes qui souvent dérapent, sans heurt, sans que le ton monte, dans le drame ou la farce »*.

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Joyeuses fêtes de fin d'années à tous !

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Les sapins commencent à s'illuminer, les visages s'éclairent, la neige tombe...eh oui, les fêtes de fin d'année sont arrivées ! L'occasion, peut-être, d'offrir des livres, pas forcément les "beaux livres" proposées par la presse, à des prix exorbitants, mais des romans, des essais, des livres de cuisine (!)...dont nous vous proposons des sélections à chaque mise à jour...Parce qu'un livre peut dire des choses, peut émouvoir, peut nous marquer à vie...

LirePlus tient à souhaiter un joyeux Noël à tous ses lecteurs (merci des vos commentaires !), à tous les participants actifs, à tous ceux qui contribuent à faire du marché de l'édition un échange de qualité...à tous les attachés de presse qui travaillent avec nous, à tous les journalistes, responsables de collections, qui font un travail énorme en coulisses...à vous, BONNE ANNEE 2006 !

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Dubravka Ugresic Ceci n'est pas un livre ***

Enfin un livre qui n'en n'est pas un ! Enfin un bouquin qui se met lui-même en abîme ! Une couverture parlante nous invite à découvrir par nous-même le contenu du récit : ces livres blancs, sans saveur, aglutinés les uns les autres sur les étagères, n'ont rien à voir avec celui de l'auteur : ce dernier tente de percer le secret de l'édition, identifie avec authenticité les procédés actuels utilisés par le marché pour vendre, et en cela, se détache de cet ensemble indistinct. Jubilatoire !

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Dubravka Ugresic est une dissidente qui a de quoi écrire ! Elevée derrière le Rideau de Fer, elle a vécu le socialisme, le communisme, la chute du Mur, le démantèlement de son pays, la Yougoslavie...Et elle vit actuellement l'exil, décision qu'elle a prise en 1993 lorsque la Croatie lui a fait comprendre qu'elle "nuisait aux intérêts". Aussi ne faut-il pas la caractériser par son pays, étiquette qu'elle refuse et à laquelle elle préfèrerait celle "d'écrivain transnational". Toutes ces conditions d'existence, associé à de nombreux voyages aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et en Allemagne où elle enseigne la littérature russe, lui ont permis d'observer pendant de longues années le marché du livre dans toute sa signification. Et ce qu'elle nous livre dans ce recueil, ce sont tant des essais que des nouvelles, avec toujours un humour, une ironie, parfois un cynisme caractérisant comme un fil conducteur son écriture. Tout le monde a le droit à sa critique : des éditeurs qui ne choississent un roman qu'à partir du synopsis, des agents qui ne sont jamais à disposition, des directeurs littéraires plutôt formés au marketing qu'à la littérature...en passant par les auteurs eux-mêmes, tentés par le glamour et l'engagement qui passe pour une action intellectuelle, alors qu'il n'est qu'une action médiatique. Et Mme Ugresic tient son lecteur en haleine, séduit par ce récit authentique, un recueil de sanguines que tout le monde pense, mais que personne n'osait encore dire..."brève contribution à l'histoire de ma littérature nationale" est ainsi une nouvelle ironique, subtile, où l'auteure n'hésite pas à critiquer son pays d'origine ; tandis que dans "l'écrivain en exil" elle se lance dans un essai argumenté sur les conditions et conséquences d'un tel choix -qu'elle a d'ailleurs fait.

On rit beaucoup à la lecture de ses essais, on réfléchit également. Dubravka Ugresic a conscience que l'avenir du livre est plus qu'incertain, et cerné par l'uniformisation du marché qu'elle aborde dans "questions à une réponse". Quoiqu'il en soit, le sien est parvenu jusqu'à nous, il n'y a rien à regretter !


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Références : Dubravka Ugresic ceci n'est pas un livre essais, Fayard, 300p, 18€, août 2005

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Andreï Kourkov Les pingouins n'ont jamais froid ***

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En digne héritier de Kafka, Kourkov reprend ses personnages de Le Pingouin qui ont fait son succès international. Un retour au pays de l'absurde plein de fraîcheur et de rebondissements.
On pourrait se dire qu'une suite, c'est un peu comme un blockbuster au cinéma, ça lasse. Et puis, il n'y a plus la surprise de découvrir ce pingouin appelé Micha, qui partage la vie de Victor, ex-journaliste parti en Antarctique pour échapper à ses adversaires qui veulent sa mort. Il faut dire qu'en ex-URSS, un journaliste qui rédige des nécrologies alors que les personnes concernées ne sont pas encore décédées, attire forcément les foudres ! Dans Les pingouins n'ont jamais froid Victor est décidé à en finir avec son ancienne vie et à entamer une existence normale, avec Sonia, la fille d'un de ses amis, mystérieusement disparu. Mais malheureusement pour lui, tout ne fait que commencer. Son pingouin ayant disparu, il est déterminé à le retrouver et à le renvoyer une bonne fois pour toutes chez lui. Cette quête, c'est aussi la sienne : tel le pingouin ayant la nostalgie de son milieu naturel, Victor aspire à un retour aux sources, à cet "avant" qui faisait de lui un être banal. Mais cette quête n'est pas sans dangers, et le récit prend pied en divers lieux : Ukraine, Russie, puis Tchétchénie, Croatie...Autant d'endroits où Victor sera confronté à des conflits, des secrets, de la corruption...
Les pingouins n'ont jamais froid est digne de son prédécesseur. Cette suite est totalement réussie : elle ne lasse pas ! Au contraire, la diversité des cadres spatio-temporels, la multiplication des péripéties qui se renouvellement jusqu'aux dernières pages mêmes, et la force de la critique des régimes post-soviétiques font de ce roman un très bon récit. Presque meilleur que l'original !
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références
Andreï Kourkov, les pingouins n'ont jamais froid , Ed. Liana Lévi, 20€, 395pages.

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