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Christian Pringent A quoi bon encore des poètes ? **

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Une question légitime, en ce XXIème siècle : existe-t-il encore des poètes, héritiers d’un Baudelaire ou d’un Mallarmé ? si oui, la poésie a-t-elle encore un rôle ? A quoi sert-elle donc ? Loin de faire un éloge seul de l’art littéraire, l’auteur expose ici sa vision des choses. Et cela commence fort « comme tout monde humain, mais plus qu’aucun autre peut-être, notre monde est un monde en manque de sens. La demande de sens y est donc d’autant plus acharnée. » Et, par quoi passerait donc cette sens-ibilité ? La poésie, en tentant de « trouver une langue » est le pilier de cette quête, mais n’amène pas forcément au sens, plutôt à la Vérité. Par ses formes, sa rhétorique, son style, elle est un condensé « d’in-signifiance », soit parce que l’éclatement des formes contemporaines renvoie à l’implosion de notre monde humain (manque de stabilité, de repères) et donc que la poésie prend forme dans l’informe (« le reflet esthétisé de cette chute [du monde] en sa déclinaison lisible »), soit parce que la poésie saisit le présent, par définition flou, incertain ; qu’il faut symboliser : la poésie prend donc ici toute sa consistance.

Pour finir, Christian Pringent rappelle qu’« en France, on aime beaucoup la poésie qu’on ne lit pas. Comme on n’en lit presque pas, l’amour est immense ». Un appel à découvrir cet art, qui menaçant de disparaître à chaque instant, ne cesse de renaître sous des formes nouvelles.

références
Christian Pringent A quoi bon encore des poètes ? P.O.L 1996, 55pages


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Philippe Djian Doggy Bag saison 1 **

Ce soir, il n’y a rien à la télé, alors au lieu de passer mon temps à zapper, j’ai décidé d’ouvrir un bouquin, posé depuis longtemps sur l’une des mes étagères. « Doggy Bag ». A vrai dire, le titre ne m’interpellait pas plus que cela, c’est plutôt « saison 1 » qui m’a étonné. Quoi, un roman télévisuel ? C’était le moment ou jamais de savoir enfin…Et bien, c’est presque cela ! Philippe Djian écrit son ouvrage comme une série américaine, en transposant à l’écrit les codes visuels : des scènes prises sur le vif, un maniement habile de l’intrigue mêlant flash-backs (qui est donc Edith, qui décide de revenir vers Marc et David, les deux protagonistes de la série, vingt ans après ?) et différentes prises de vue (variation des focalisations qui donne du punch au récit). Le résultat est très satisfaisant : des personnages caractériels, des rebondissements en tout genre…bref, un soap opéra littéraire mais sans pages publicitaires !

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On s’accroche vite à marc et david, frères meilleurs ennemis, propriétaires d’un garage, confrontés aux aléas sentimentaux. Autour d’eux gravitent victor et irène, leurs parents, edith, sonia, sa fille, et bien d’autres, tous reliés par un passé qui reste sombre…mais Djian ne dit pas tout, puisque la saison 2 vient de paraître, que la 3 est prévue pour octobre, et que les autres sont programmées pour 2007-2008.

Plutôt satisfait, je m’en vais échanger ma télécommande contre un marque-page. Djian réussit un exercice de style pas commun : celui de faire passer les trois heures quotidiennes libres des Français devant un livre plutôt que devant la télé ! et rien que pour ça, on peut tirer son chapeau !


Références
Philippe Djian Doggy Bag saison 1 Editions julliard, septembre 2005, 267 pages 19€

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Berhard Schlink le liseur ****

On entre dans ce roman comme dans un salle de cinéma : confortablement installé sur un fauteuil, le film commence, et on s’y plonge en oubliant tout ce qu’il y a autour de nous. En ressortant de la salle, on n’a qu’une chose à dire : « émouvant ».

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On croirait lire un scénario, tant les péripéties sont nombreuses : Michaël a quinze ans lorsqu’il rencontre par hasard Mme Schmitz. Alors qu’il tombe malade en plein milieu de la rue, elle lui porte secours. C’est en voulant la remercier que cette femme devient pour lui Hanna. Elle acquière rapidement le statut d’amante, et entre eux se nouent une relation ambiguë : il devient son lecteur, c’est-à-dire qu’il lui fait la lecture à voix haute. Et très vite, leurs rendez-vous prennent cette double connotation intellectuelle et sexuelle. Mais un jour, Hanna disparaît sans laisser de trace, et Michaël doit refaire sa vie. Il ne la verra que plusieurs années plus tard, lors d’un procès où elle est condamnée en tant que surveillante dans les camps de concentration. Le jeune homme a beau ne plus rien ressentir pour elle, n’avoir plus que des images figées, il comprend le secret qu’elle a tenté toute sa vie durant de cacher, un secret qui pourrait lui coûter la vie même. Et c’est ainsi qu’il décide de renouer contact avec elle, quoiqu’il puisse se passer. On vit ce roman comme une succession d’images, d’odeurs, de souvenirs auxquelles nous initient le narrateur. C’est aussi une réflexion sur les camps de concentration : doit-on absolument en parler ? Comment le faire ? Doit-on condamner également toute la génération d’après-guerre pour leurs silences, leurs oublis ?

Une magnifique histoire. A lire absolument.

références
Bernhard Schlink le liseur gallimard, folio poche, n°3158, 243pages

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J. Anouilh Fables ***

En digne héritier de La Fontaine, Anouilh livre sa propre version des fables. Modernité et actualisation sont au programme de son petit recueil.

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Parfois, ce sont des personnages qui changent, parfois même des rajouts dans « l’intrigue », ou parfois même la morale, et quelquefois, tout ça à la fois, comme dans « la Cigale » où la prêteuse se fait mesquine et hypocrite, et où le renard remplace la fourmi. Le cadre n’est plus la forêt innocente, mais le milieu du show-bizness, impitoyable et cruel. Mais Anouilh livre aussi des fables plus simplistes, mais toujours plaisantes, comme « l’oiseau rare », « les trois lions » ou « la chèvre folle » où l’auteur décrypte nos comportements, leurs futilités, leurs conséquences parfois contraires à nos désirs.
On lit les fables d’Anouilh comme on lirait les portraits de La Bruyère dans Les Caractères : satiriques, on y reconnaît des classes entières de personnes obéissant à des comportements stéréotypées : l’hypocrisie, l’égocentrisme, la vanité…Anouilh se met même en abyme dans « le fabuliste improvisé » dont la morale nous ramène à l’humilité de l’auteur (peut-être en trompe-l’œil ?) « ne forçons point notre talent, comme on dit dans une autre fable ».


Références J. Anouilh Fables Gallimard, Folio, Poche - 158 pages

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Michel Houellebecq extension du domaine de la lutte *

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Après avoir lu la possibilité d’une île il a quelques mois (voir notre chronique), LirePlus a voulu tester un autre roman de l’auteur qui aime la polémique…

Houellebecq aime la satire, pas de doute ! Ainsi, quand il critique les obèses, il le fait si cyniquement qu’on espère pour lui qu’il ne s’agit qu’un exercice de style…malheureusement pour lui, il semble qu’il pense vraiment ce qu’il écrit. Passe encore sa thèse sur le libéralisme sexuel (élitiste) et économique (simpliste, du déjà-vu)…mais a-t-on le droit, simplement moral, d’humilier des catégories sociales ? Car dans ses romans tout y passe : misogyne, raciste, agnostique ou athée, il aime également à critiquer les religions, ce qui lui a valu plusieurs procès. Mais revenons à notre roman. Le personnage principal, un informaticien trentenaire, qui a vécu une séparation douloureuse, vit seul, et observe les gens autour de lui. Son boulot est loin d’être passionnant, à l’image de sa vie. Son temps libre, il le passe à écrire des dialogues entre animaux, ou avec ses rares collègues de bureau, qu’il n’apprécie pas particulièrement. Dépressif, il sort peu, mais réfléchit beaucoup. Il s’attache à l’un de ses amis, Tisserand, d’une extrême laideur, qui cherche à plaire aux filles…ce qui ne s’avère pas être une tâche facile. L’informaticien l’épie dans ses tentatives, et l’incitera même, au comble du désespoir, au meurtre.

Le livre a de quoi rendre de mauvaise humeur les optimistes. Il a également de quoi faire rire les pessimistes, tellement la noirceur des propos peut tomber dans l’absurdité «vous avez eu une vie. Il y a eu des moments où vous avez eu une vie. Certes, vous ne vous en souvenez plus très bien ; mais des photographies l’attestent ». En bref, quelques bons jeux de mots, qui auraient mérité d’être étoffés en vue d’un bon roman, dont seul le titre mérite le détour : « extension du domaine de la lutte ».

On avait aimé la possibilité d’une île . On dira que extension du domaine de la lutte n’est qu’une vulgaire ébauche.


Références extension du domaine de la lutte Michel Houellebecq Editions J’ai Lu, poche, n°4576 156pages

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