Lundi 21 Avril 2008
Philippe Besson - un homme accidentel [coup de coeur]
Par Sébastien L., Lundi 21 Avril 2008 à 22:33 GMT+2 dans romans
En tous cas, une chose est sûre: son nouveau roman, un homme accidentel, décortique avec brio les passions humaines, leurs naissances, leurs déchaînements, les illusions qu'elles engendrent, et le basculement, qui inéluctablement, s'opère, une fois les fantasmes réalisés.
Son personnage principal est le portrait typique d'un Monsieur-Tout-Le-Monde. Flic à Los Angeles, il mène une vie semblable à tellement d'autres, marié, une femme enceinte, un boulot pas trop encombrant, bref, la routine. Il n'a pas l'étoffe d'un modèle, il n'en a pas le courage, ou peut-être lui manque-t-il seulement la volonté. Le portrait type de l'antihéros qui arrive là par hasard, à qui il ne viendrait pas à l'esprit de remettre en cause l'ordre établi.
Et puis, il y a ce meurtre, dans les rues tranquilles de Beverly Hills, des rues aux maisons surprotégées par des caméras de surveillance et des milices privées. Bref, le genre de quartier résidentiel communautariste replié sur lui-même qui ferait fuir n'importe quel voleur. Mais voilà, il y a ce corps, celui de Billy Greenfield, retrouvé mort sur les belles pelouses de Crescent Drive. Un pauvre gars, lui. Prostitué, drogué. Est-ce que la routine de notre flic s'en trouve bouleversée ? Non, pas vraiment. « je n'aurais pas sauvé Billy Greenfield si j'avais croisé sa route plus tôt. Du reste, je n'en ai sauvé aucun ».
Mais il y a le moment décisif, l'instant où tout bascule. Le carnet de la victime, où apparaît le nom de Jack Bell, enfant-star adulé, tombé dans l'oubli après un scandale, maintenant en comeback. En pleine heure de gloire. Et l'entrevue du flic avec la vedette.
Avec ça, l'explosion des sentiments. L'animalité des passions, qui, depuis des années, attendait le moment propice pour apparaître, mais restait terrée dans un coin, sous la pression des conventions, du conformisme. Un regard trop appuyé, un silence trop long, une poignée de main qui s'éternise, et l'esprit est bousculé, rejeté dans ses derniers retranchements.
« il est des choses qu'on ne décide pas. Des événements qu'on ne voit pas venir. Et quand ils se produisent, ou sont au bord de se produire, il est déjà trop tard. »
Ce n'est pas l'histoire d'un coming-out. C'est celui d'une passion. Une passion enivrante, mais destructive. Loin du stoïcisme qui avait caractérisé sa vie, à présent débarrassé du mutisme qui censurait ses désirs, notre héros se jette à corps perdu dans ce qu'il avait toujours cherché, finalement. Un instant d'abandon.
« Notre propre perversité, souvent, on ne la mesure pas, elle nous échappe ». Parce qu'il vit cette histoire comme une délivrance, notre flic de L.A, qui plonge dans l'inconnu, tâte le terrain, fait des erreurs, fait mine d'ignorer les indices qu'il laisse derrière lui. Ainsi, il présente Jack Bell à sa femme, et sa mère même, qui comme si elle l'avait toujours su, laisse faire. L'expérience est salvatrice. Elle libère les frustrations, rétablit une vérité, refoulée.
Les deux tourtereaux s'en vont, à Monterey, faire une virée, loin de la ville, des lumières. C'est l'abandon, l'un à l'autre, abandon de ses propres croyances aussi. Le bousculement des conventions. Ils font l'amour, se découvrent l'un l'autre.
Mais une fois le fantasme réalisé, une fois l'expérience vécue, le bonheur de la première fois évaporé, il faut bien retourner à la réalité, cette réalité telle qu'on l'avait conçue, avant. Avant le basculement. Les choses d'après ne sont pas si faciles à accepter.
« la vérité, c'est qu'il ne fallait pas faire beaucoup d'efforts pour comprendre ce qui était en train d'advenir, mais qu'il fallait en faire énormément pour l'admettre ».
Mais voilà, la machine est lancée, l'éphémère du fantasme était un mensonge. La passion vous ronge les sangs, vous pousse à la folie. Renier ses valeurs, abandonner son foyer, oublier son cocon pour « aller plus loin ». Notre héros s'écorche devant l'absence, s'automutile avec des pensées dévastatrices. L'absence le détruit. Retrouver l'ivresse, voilà ce qu'il veut.
Et en arrière-plan, le meurtre, toujours irrésolu. L'investigation qui progresse. Au fond, on sait que Jack Bell est lié d'une manière ou d'une autre à ce meurtre. Notre question de lecteur est de savoir comment la passion va survivre à ça ! Va-t-elle se fondre dans l'inacceptable, ou se briser devant l'inavouable ?
Chez Philippe Besson, la trame, au final, importe peu. Les lieux, les actions, tout n'est que prétexte à mettre en place les personnages. On gratte la surface, pour voir de quoi sont capables les êtres humains en temps de crise, de « basculement ». Ce n'est pas l'histoire d'une enquête policière, c'est l'histoire de deux personnes face à cette enquête. Leurs réactions, leurs tâtonnements, leurs conflits égotiques. Jack Bell, l'enfant-star, à son heure de gloire, mais dont les silences, les hésitations, traduisent un mal-être évident « il prétendait que la gloire soudaine et précoce peut détruire plus facilement qu'un revolver pointé sur une tempe ». Le flic de L.A, avec une enfance dramatique, une tentative échouée de construire sa vie sur une stabilité fantasmagorique, qui se rattache à une existence conventionnelle pour lutter contre des désirs qu'il n'écoute pas, au risque de basculer...
« Avions-nous été autre chose que de très bons comédiens dans des existences qui nous étaient étrangères ? »
Et puis leur rencontre, improbable. « nous nous sommes percutés à la manière de deux trains roulant à pleine allure l'un vers l'autre sur la même voie ». Dans ce genre d'accident, il y a rarement des survivants. Mais s'il y en a, leur sort n'est pas à envier.
Un roman sans happy end. Philippe Besson n'en fait pas trop. Il a distillé un instant de vie, l'a plongé dans l'acide sulfurique, et l'observe au microscope.
Cette lecture n'a rien d'accidentelle, foncez droit dedans.
[références]
- Philippe Besson un homme accidentel
- Editions Julliard, 2008
- 244 pages, 19E
Neil, ingénieur ; et Alice, une technicienne de surface d'une boîte produisant des émissions télé, vivent parallèlement un début de relation amoureuse, n'osant pas se révéler leurs sentiments. Alice décide alors d'inviter Neil à assister à l'une des émissions d'Apollon. Sauf qu'Aphrodite, pour se venger d'une petite broutille, décide qu'Apollon devra tomber amoureux de la première personne dont il croisera le regard. Par le plus grand des hasards, le destin décide que ce sera Alice...
C'est dans cet univers que Knud, un jeune enfant (le narrateur) évolue. A l'école, il devient le bouc émissaire, un « cochon d'allemand ». Tout le monde se moque de lui : il est habillé à la mode allemande, mange des sandwiches allemands, roule avec un vélo allemand... C'est un récit tragique, émouvant. A l'âge où l'on doit rêver, Knud raconte ses cauchemars, loin de la naïveté, de la candeur et de la fraîcheur qui devraient caractériser son enfance.
Cependant, Karl ne se contente pas d'imaginer, mais passe réellement à l'action pour faire de son monde rêvé une réalité. Il commence à tourner autour de François, un autre malade fragile, qui tombe vite sous sa coupe. « je le fis mien. Il ne s'agissait pas d'amour physique mais d'une annexion beaucoup plus grave. Je pris possession de son âme [...] » Car l'objectif de Karl n'est pas de se faire des amis, mais de placer les faibles sous son autorité. C'est ensuite au tour d'Alberto, mais Karl voit en lui plus un allié qu'un faible, et ensemble, ils forgent des plans d'organisations secrètes étrangement ressemblantes aux jeunesses hitlériennes « mort aux faibles ! ». Karl propose alors de passer à l'action et d'éliminer les plus fragiles, les inutiles...dans la chambre 22 par exemple, une personne âgée semble être sous assistance respiratoire...Et si on le débranchait ?
Le huis clos le plus infernal, le plus terrible jamais inventé. 400pages de suspense insoutenable, à essayer de comprendre qui prend le pied sur qui, qui a le pouvoir sur l'autre. Car Paul a bien de l'influence sur l'infirmière folle : il vit encore car il écrit ce livre qu'elle attend, et elle vit également pour ça. C'est Misery qui les maintient en vie tous les deux. Mais pour combien de temps ? 





