Jeudi 29 Mai 2008
Bernadette Costa-Prades - Tu te souviens de 68 ? **
Par Sébastien L., Jeudi 29 Mai 2008 à 17:17 GMT+2 dans documents
Mai 1968… Ne me dites pas que ce mois-ci, vous êtes passés à côté, n’importe quel libraire aurait dû mal à vous croire ! Des dizaines de livres ont été publiés en commémoration du quarantième anniversaire de la crise estudiantine et sociale, et se sont déversés, comme en hommage, sur toutes les têtes de gondole. Entre les essais qui proposent une nouvelle lecture de l’événement, et les recueils plutôt sympathiques des slogans et affiches qui ont illustrés la période, le livre de Bernadette Costa-Prades se distingue par un travail journalistique singulier, proposant « une histoire intime et affectueuse ».
« Ce livre n’est pas un livre d’histoire, encore moins d’analyse sociologique. Il est le recueil de souvenirs de personnes qui ont participé, de près ou de loin, à Paris comme en province, à cette fabuleuse période de remise en question dans tous les domaines ».
Ce document n’est donc pas un manuel d’histoire, mais un manuel d’histoires. Parce que ce sont les jeunes et l’esprit populaire qui ont conduit cette révolution des mœurs, l’auteur les interroge, eux, ceux qui ont fait mai 68, retraçant ainsi l’épopée de dizaines d’adultes, qui aujourd’hui, n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leurs idéaux…mais les ont simplement adaptés à la vie moderne. Après avoir dressé le contexte dans « la France de Tante Yvonne », la journaliste plonge dans le cœur du sujet en laissant s’exprimer la cinquantaine de personnes, anonymes ou non, qui racontent leurs souvenirs, leurs émotions, leurs attentes mais aussi leurs déceptions, unis autour d’un idéal : « soyons réalistes, demandons l’impossible ».
En plusieurs chapitres Tu te souviens de 68 nous parle de la condition des femmes, de l’évolution de la culture (ah ! la sacrée 2 CV, et la fameuse chanson de Maxime Leforestier « c’est une maison bleue… ») et des mœurs (la naissance de la minijupe, les « one-night stand » à profusion…). C’est l’époque où l’on n’hésite plus à accueillir un étranger chez soi, où l’on s’ouvre à l’autre… on se découvre des points communs bien plus que des différences. « La lutte » rapproche, ensorcelle, embellit. On se teste, on fait l’amour, on partage tout avec ses « copines ». Fera-t-on un anachronisme si l’on dit que c’est l’âge d’or du développement personnel ? En tous cas, c’est bien de cela qu’il s’agit : on cherche, à travers cette lutte, à s’épanouir, à vivre plus fort.
Le livre est abondamment illustré de photos personnelles, et se feuillette comme un album de famille. Parce que, même 40 ans après, on s’identifie à ce Monsieur-Tout-Le-Monde qui, au nom de ses idéaux, a lancé ses premiers pavés. 40 ans après, on en vient à comprendre cette génération 68 dont les livres d’histoire parlent trop peu. Le vécu personnel, l’expérience, voilà ce qui peut le mieux expliquer mai 68 aux jeunes générations, à ceux qui n’ont pas vécu cette période pétillante. La journaliste redonne une dimension humaine à l’événement à l’heure où l’on se perd dans des débats théoriques stériles sur la question de liquider ou non l’héritage de mai 68.
LE livre à mettre dans les mains de tous ces jeunes, qui aujourd’hui, manifestent dans les rues pour défendre leurs écoles. Une bible pour eux, un traité d’humanité pour nous.
Chaleureusement conseillé.
REFERENCES
Bernadette Costa-Prades, Tu te souviens de 68 ? une histoire intime et affectueuse,
Editions Albin Michel, mai 2008
139p, 19,9€

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