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Des nouvelles du Mexique - Anthologie

Vendredi 24 Juillet 2009, 17:06 GMT+2Par Sébastien L.Cet article a été lu 743 fois
Au goût du jour

mexique
 références
DES NOUVELLES DU MEXIQUE - collectif présenté par F. Gaudry
ed. Métailié, fev 09, 13€, 382pages. 
 
    Cette année, le Mexique a été le pays d´honneur du Salon du Livre de Paris, ce qui a été l´occasion pour beaucoup de lecteurs, qui ne juraient que par Jorge Volpi, de découvrir de nouveaux auteurs et de nouveaux horizons. Pour tous les autres qui ne connaissaient du Mexique que son histoire, sa gastronomie, et sa grippe aviaire, l´anthologie proposée par les éditions Métailié leur permettra d´entrer dans le temple de la littérature mexicaine contemporaine, en y ressortant avec une irrésistible envie de s´intéresser de plus près à ce pays foisonnant en matière de talents artistiques.
 
            L´avant-propos, servi par F.Gaudry, nous explique dès les premières pages l´attrait que peut représenter pour les lecteurs la littérature mexicaine. Parce qu´elle s´oppose avec grâce aux mouvements du " réalisme magique" des années 60, en créant des nouvelles tendances dites du "crack", qui usent du rêve, de la science-fiction, empruntent à la culture rock et font de Mexico un personnage à part entière de ses histoires, la mouvance des auteurs mexicains contemporains est pleine de (bonnes) surprises qu´on aurait tort de ne pas découvrir. L´anthologie de Métailié ne se contente pas de nous donner un avant-goût de ce phénomène, au contraire: elle nous plonge au coeur de cette culture. Si les nouvelles qui sont proposées ici ne représentent pas une liste exhaustive des talents mexicains, elles en dressent pourtant un ensemble éclectique et qualitatif.
 
            On y trouve ainsi des univers où la drogue, le sexe et la mort règnent en maître (José Agustín, Un cadavre sera transporté par voie express), où rêve, frustration et mélancolie se mêlent habilement (Antonio Sarabia, La mousse sur la pierre), où des légendes urbaines deviennent les fondations du récit (Alberto Ruy Sanchez, Réveil à Tehuantepec). Il y a aussi des voyages (Juan Villoro, Le crépuscule maya), des satires amères de comportements humains (Enrique Serna, La vanité), de l´humour (Ana Garcìa Bergua, Les voitures), et des tragédies (Ana Clavel, Son vèritable amour). Bref, on aurait tort qualifier la littérature mexicaine d´unitaire et bridée. Elle est au contraire hétérogène, multithématique et dépasse tous les cadres réducteurs de la créativité.
 
            Certaines nouvelles restent gravés dans la mémoire, pour longtemps. C´est notamment  le cas de La vanité, d´Enrique Serna, où un écrivain local, après avoir recu une lettre de recommandation d´un grand écrivain, commence à développer un ego surdimensionné, à ses dépens. Le processus narratif nous entraine sur le champ du conte philosophique, où le personnage principal, Juan Pablo comprendra qu´il préférera la "germination du silence" à l´orgueil superficiel et douloureux. Le nouveau de David Toscana, qui narre l´obsession d´un employé de bureau pour le nouveau salarié, et ses stratégies pour toujours le dépasser, puise sa force dans l´absurdité de la situation, propre notamment aux pièces de théâtre de Yasmina Reza: sur un format court, David Toscana parvient avec brio à retranscrire une personnalité borderline et son comportement obessionnel, tout en y apportant une dimension fataliste tragique. La nouvelle érotique et métaphysique de Eloy Urroz (Santo Tomás de los Plátanos) fait également preuve d´une fantaisie et d´une inventivité surprenante. Fernando de León, l´une des étoiles montantes de la littérature mexicaine dresse le tableau comique d´une famille délurée qui fait preuve de créativité pour respecter les dernières volontés de l´aieul décédé (Quand grand-père est mort). Quant à Les merveilleuses odeurs de la vie, de Paco Ignacio Taibo II, elles plongent le lecteur dans un délire métaphysique aux marges de la science-fiction des plus réussis.

            Une anthologie surprenante et dépaysante d´une littérature mexicaine au top de sa forme depuis ces trente dernières années.
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